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Article rédigé le 01 decembre 2011 Le 9 novembre 2011, le FBI a rapporté, via un communiqué de presse, l’arrestation en collaboration avec les forces de police locales, de six Estoniens responsables d’avoir exploité un réseau de plus de 4 millions de postes infectés. Un acte d’accusation a été rendu public par la cour de justice fédérale de Manhattan. Cette opération de démantèlement a été baptisée « Ghost Click » par le FBI. En manipulant illégalement l’industrie de la publicité en ligne pendant 5 ans, cette cyber-fraude internationale a généré plus de 14 millions de dollars. Nous revenons sur cette affaire principalement pour deux raisons :
Quelques rappels sur DNSChanger DNSChanger est un cheval de Troie pouvant affecter les systèmes Windows et Mac OS X, dont le mode d’infection et le fonctionnement de base sont assez classiques :
La principale caractéristique de DNSChanger consiste à remplacer la liste des serveurs DNS du système infecté par une liste de serveurs contrôlés par le groupe cybercriminel.
Rappel : Le protocole DNS permet, à l’image d’un annuaire téléphonique, de retrouver l’adresse IP d’un serveur à partir d’un nom : c’est le processus de résolution DNS qui intervient automatiquement par exemple à chaque fois que l’on saisit une adresse web dans son navigateur ou que l’on clique sur un lien. Lorsqu’un système est infecté et que les serveurs DNS par défaut ont été modifiés, le pirate dispose alors d’un contrôle total sur le trafic Internet du poste de la victime et peut le rediriger vers des sites qu’il contrôle. Le changement est difficilement détectable par l’utilisateur, car seuls certains sites sont substitués et ces derniers sont souvent conçus pour ressembler aux sites légitimes (Phishing). Dans le cas du réseau démantelé, les escrocs ont aussi utilisé leur contrôle sur le DNS pour empêcher les systèmes victimes d’obtenir les mises à jour du système d’exploitation ou des signatures antivirus, si bien que ces postes pouvaient devenir au fil du temps de plus en plus vulnérables à de nouvelles attaques. En un mot, un utilisateur dont le poste était infecté par le malware DNSChanger se retrouvait à naviguer sur ce qu’on pourrait qualifier d’« Internet parallèle », entièrement contrôlé par le gang cybercriminel.
Schéma de la fraude, Monétisation du réseau La publicité sur Internet est une industrie de plusieurs milliards d’euros au sein de laquelle les propriétaires de sites web vendent de l’espace publicitaire sur leurs sites : ces espaces se présentent majoritairement sous la forme de bandeaux ou de cadres dans lesquels la publicité apparaît. A cause du grand nombre de propriétaires de sites (diffuseurs), les annonceurs s’appuient et négocient souvent des contrats avec des régies publicitaires (des sociétés tierces) afin d’acheminer efficacement les messages publicitaires vers les diffuseurs (si l’on prend par exemple l’offre AdSense de Google, Google se place comme une régie publicitaire). De manière similaire, plutôt que de négocier des contrats individuellement avec les régies publicitaires, les diffuseurs se regroupent souvent en réseau de diffusion et négocient de manière collective. Entre 2007 et 2011, les auteurs de la fraude ont créé et contrôlé plusieurs sociétés qui se sont fait passer pour des réseaux de diffusion publicitaire légitimes. Regroupées au sein d’une même entreprise mère (Rove Digital), ces sociétés ont négocié des contrats avec des régies publicitaires et des annonceurs de manière à être payées chaque fois qu’un internaute cliquait sur un lien vers un site web ou une publicité, ou bien chaque fois qu’une publicité était affichée sur un site web donné. Ainsi, en augmentant frauduleusement le trafic Internet vers les sites des annonceurs ou le nombre d’affichage d’une publicité, les hackers augmentaient les commissions que leur versaient les régies publicitaires. On comprend désormais mieux le schéma de la fraude : en manipulant les réponses DNS envoyées aux 4 millions de postes utilisateurs infectés, le groupe de cybercriminels a rendu l’exploitation de ce réseau extrêmement rentable. Les redirections DNS ont permis de mettre en place deux types de fraudes :
Détournement de clics Lorsque l’utilisateur d’un poste infecté cliquait sur un lien présent dans les premiers résultats d’un moteur de recherche (type Google), le serveur DNS malicieux provoquait une redirection vers un site web choisi par les fraudeurs. Dans ce cas, chaque clic provoquait le paiement d’une commission au groupe cybercriminel qui venait ainsi se substituer au diffuseur légitime (le moteur de recherche en l’occurrence). Quelques exemples sont donnés dans l’acte d’accusation :
La substitution de publicités Dans ce cas de fraude, le malware DNSChanger et les serveurs DNS malicieux étaient utilisés pour remplacer le contenu de cadres publicitaires de certains sites, dans le but de provoquer des paiements de commission au groupe cybercriminel. Les publicités qui apparaissaient à la place concernaient en effet des sociétés avec lesquelles les fraudeurs avaient négocié des contrats. Là encore, l’acte d’accusation donne quelques exemples :
Conséquences de la fraude L’acte d’accusation publié évoque un détournement d’une somme globale de 14 millions de dollars. Au-delà de ce chiffre, il est intéressant de noter les conséquences, parfois difficiles à chiffrer, pour les différentes victimes :
Démantèlement Le démantèlement du réseau DNSChanger est loin d’être une opération triviale. Il ne suffit pas ici de désactiver tous les serveurs C&C comme les autorités peuvent le faire pour un botnet classique. En effet dans notre cas, les millions de postes infectés se connectent aux serveurs du réseau malveillant pour effectuer des requêtes DNS, et seraient privés d’Internet si tous ces serveurs étaient brutalement arrêtés. Pour éviter cela, les autorités américaines ont décidé de remplacer les serveurs DNS frauduleux par des résolveurs DNS sains, et a demandé à l’ISC (Internet Systems Consortium) d’administrer ces serveurs pendant quelques mois, le temps que les utilisateurs puissent désinfecter leurs postes et rétablir une configuration DNS normale. Le FBI rappelle que le remplacement des serveurs ne désinfecte pas les systèmes et qu’il est important en cas de doute de vérifier sa configuration DNS. Le bureau américain fournit à cet effet un outil en ligne pour contrôler que les serveurs DNS utilisés par un système ne sont pas connus comme malveillants.
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