Les premiers passeports RFID (passeports électroniques) ont
été diffusés en France il y a un an (le 13 avril 2006), mais cette technique soulève
de nombreuses polémiques, d'une part du fait des possibilités d'atteinte à la
vie personnelle, et d'autre par la fiabilité (sécurité) de la solution
technique. Nous présentons donc un point technique sur ce sujet.
Nota : les principes de la RFID (indépendamment de son
application aux passeports) ont déjà été présentés dans un
article précédent du Cert-IST.
Principes du
passeport RFID
Le passeport RFID est identique au passeport conventionnel, mais
il contient en plus, inséré à l'intérieur d'une de ses pages, une puce RFID. On
reconnaît un passeport RFID parce qu'un logo graphique spécifique est présent
sur la page de couverture (cf. [1]).
Dans sa version actuelle cette puce RFID contient les
informations générales sur l'identité du porteur (nom, prénom, etc…), ainsi
qu'une photo d'identité numérisée (image JPEG). Il est prévu qu'en 2009 il soit
ajouté aussi une copie numérique des empreintes digitales du porteur. Le
fonctionnement de cette puce (ainsi que celui de tous les passeports émis par les
différents pays du monde) est compatible avec les spécifications définies par
l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI). Ces spécifications (cf.
[2]) prévoient que la puce puisse également stocker une empreinte de l'iris de
l'œil.
Dans sa version actuelle, la photo est donc la seule donnée
"biométrique" incluse dans le
passeport. Le Ministère de l'Intérieur utilise d'ailleurs pour désigner cette
première génération de passeports RFID le terme de "passeport électronique"
(plutôt que "biométrique").
De notre point de vue, cette première génération ne change
pas vraiment les aspects suivants :
- Le
risque de "traçage" des voyageurs. Le passeport électronique
semble faciliter l'enregistrement systématique
de tous les voyageurs (puisque le passeport est informatisé), et donc
son "suivi". Mais en fait, ce risque existe déjà avec le passeport
traditionnel, car celui-ci est équipé depuis plusieurs années d'une zone
"lisible par une machine" : la MRZ ("Machine Readable Zone").
La MRZ est une zone présente en bas de la page "identité" du
passeport, qui est lisible lorsque l'on passe le passeport dans un lecteur
optique, et qui permet de transmettre à un ordinateur les informations
d'identité du porteur.
- L'efficacité
des contrôles. Tant que les postes de contrôle ne sont pas équipés de
systèmes de reconnaissance faciale (qui permettrait de vérifier que la photo
stockée dans le passeport correspond bien à la personne contrôlée), le
passeport RFID n'aide pas à vérifier l'identité du porteur.
Principaux mécanismes
de protection
Tout d'abord le passeport électronique est difficile à
falsifier car les informations stockées sur la puce RFID sont signées numériquement.
Chaque pays émetteur dispose d'une Autorité de Certification racine (AC). Il
est donc possible de vérifier que la signature du passeport est valide et a été
apposée par une entité approuvée par l'autorité du pays émetteur.
Les données stockées sur la puce RFID sont protégées
par un mécanisme de sécurité appelé le BAC ("Basic Access Control").
Le principe du BAC est que la
puce RFID n'accepte de transmettre les données qu'elle
contient qu'à un lecteur RFID qui est capable de lui donner une clé secrète.
Cette clé est calculée par le lecteur RFID au moyen des informations lues sur
le passeport via la
"MRZ". Pour lire le contenu de la puce RFID, il faut donc
tout d'abord ouvrir le passeport et placer la MRZ devant un lecteur optique.
Cette procédure "garantie", en principe, que le contenu de la puce ne
peut pas être lu à l'insu du propriétaire du passeport.
Nota : il a été proposé en
août 2006 un mécanisme de protection renforcé (EAC : "Extended
Access Control") qui remplace la BAC pour protéger les données
biométriques les plus sensibles (empreintes digitales par exemple). Ce
mécanisme EAC n'est cependant pas inclus aux spécifications de l'ICAO et n'a pas été
adopté par tous les pays du monde. Son usage ne pourra donc pas être
généralisé.
Problèmes identifiés
Un passeport RFID peut être détecté à distance.
S'il n'est pas possible de lire le contenu de la puce RFID sans avoir accès
aux informations de la MRZ, il est par
contre toujours possible de détecter à distance si quelqu'un porte sur lui un
passeport RFID. Il est probablement aussi possible de reconnaître le type de
passeport (la nationalité du porteur) en fonction du type de puce RFID et de sa
façon de répondre aux sollicitations. Théoriquement, la puce RFID d'un passeport
n'est interrogeable qu'à une dizaine de centimètres. Cependant, en amplifiant
le lecteur, certaine sources indiquent que cette distance pourrait être portée
à plusieurs mètres. Ainsi, il pourrait être possible de réaliser des attentats
où une bombe se déclencherait à l'approche d'une victime portant un passeport
d'une nationalité donnée.
L'algorithme BAC peut être cassé par "force
brute"
La
protection BAC est
connue pour être insuffisamment robuste. Il peut donc être possible de lire
illégalement le contenu de la
puce RFID sans avoir lu les données MRZ. En particulier, si
l'on devine certaines des données MRZ (par exemple le nom du porteur, sa date
de naissance, etc…), il devient possible de réaliser des attaques par
"force brute" en essayant toutes les valeurs possibles de la MRZ. Cette attaque a
été largement commentée en mars 2007 suite à un article sur ce sujet dans le
journal anglais "The Daily Mail" (cf. [4]). La dangerosité de ce type
d'attaque doit cependant être relativisée puisqu'il a fallu plusieurs heures
aux attaquants pour réaliser l'attaque par force brute.
Un passeport peut être cloné
Plusieurs sources ont indiqué qu'elles pouvaient facilement
cloner la puce RFID
d'un passeport. Le principe du clonage est simple. Il suffit
"d'emprunter" le passeport, de lire le contenu de la puce RFID après avoir
pris connaissance du MRZ, puis d'inscrire les données lues sur une seconde puce
RFID (le clone). Il n'est cependant pas
possible de modifier les données qui seront inscrites sur le clone, car la
signature électronique de la puce deviendrait alors invalide.
Cette possibilité de cloner la puce n'a jamais été
formellement démentie. Il est cependant étonnant que cette attaque soit
possible. En effet, il suffirait que la puce RFID porte un numéro de série, et que ce
numéro soit inclus dans les données scellées au moyen de la signature électronique,
pour que l'attaque ne soit plus possible (la puce clone ayant un numéro de
série différent de la puce d'origine).
Recommandation
Le passeport électronique suscite de nombreuses inquiétudes
et a été dénoncé comme dangereux par plusieurs organismes (comme par exemple le
FIDIS, au travers de la "Déclaration
de Budapest" – cf. [3]).
Afin de limiter la possibilité d'une lecture à distance du
passeport, certains états ont inséré dans une des pages de la couverture du
passeport une trame métallique qui empêche la lecture si le passeport n'est pas
ouvert (la trame métallique fait écran et empêche la lecture). C'est le cas du passeport américain, mais
cette protection n'est pas généralisée (par exemple le passeport anglais ne
bénéficie pas de cette protection). Afin de généraliser cette protection, il
est recommandé d'insérer son passeport RFID dans une enveloppe de protection spécifique
(enveloppe contenant des tramages métalliques).
Pour plus
d'information :